TERMINOLOGIE MÉDICALE ET CHIRURGICALE BRÈVES RÉFLEXIONS SUR L'INTERPRÉTATION DES CONFÉRENCES MÉDICALES, À L'USAGE DE L'INTERPRÈTE PARESSEUX ET REBELLE À LA COMPULSION DU DICTIONNAIRE René PINHAS A la lecture de l'article qui suit, nombre de mes collègues vont peut-être se demander si je les prends pour des imbéciles ou des débutants incompétents. Nullement!...N'ai-je pas, à dessein, omis certains préfixes ou suffixes tels ante- (précédant), post- (après), ou ophtalmo- (qui a trait à l'oeil), pensant à tort ou à raison qu'on peut les supposer connus des interprètes possédant un minimum de culture générale? Mais pour ce qui est des autres termes que vous trouverez, je vais vous faire un aveu: j'aurais été bien heureux que l'on me donnât de tels renseignements lorsque j'ai moi-même débuté. D'autant qu'aujourd'hui toutes les Ecoles d'Interprètes de Conférence n'ont pas la sagesse ou la chance d'inscrire un cours de terminologie médicale à leur programme. Certains objecteront - éternelle controverse - que cela n'est guère utile puisque la rapidité de notre réflexe s'inspire pour 80% de l'automatisme de nos réactions, et pour 20% de la compréhension du contexte. Tout dépend de l'individu. Une chose est certaine, que l'on m'a apprise quand je fréquentais le lycée : on se rappelle d'autant plus facilement ce que l'on a mieux compris. Et puis, au cas où cela nous aurait échappé, souvenons-nous que la mémoire joue tout de même un petit rôle dans notre mécanisme mental. Si l'on comprend mieux, on saisit plus vite la globalité d'une pensée, le stress sera moindre, l'automatisme moins sollicité, le recul plus aisé et donc la traduction plus décontractée, plus fidèle et plus élégante, c.q.f.d. Et alors, que croit-il nous démontrer, ce prétentieux? me diront certains (les mêmes). Rien! Je me dis simplement (et je vous le dis - par la même occasion) que s'il est possible de traduire en diagonale, une logorhée ultra-rapide, s'il s'agit de verbiage politique, économique ou lyrique général, c'est une tout autre affaire quand le texte est hautement scientifique...à moins que l'on comprenne clairement ce dont il s'agit. Voilà à quoi je voulais en venir. En outre, cela permet de se mettre mieux dans la peau de son auditoire. Les médecins des Etats-Unis n'évitent-ils pas - quand ils le peuvent - les mots de racine gréco-latine au profit du mot anglais? Bien entendu, ils savent ce que "nephropathy" signifie, mais ils lui préféreront "kidney disease". Ils ne sont pas, eux, les héritiers d'une longue tradition, de l'Ancien Monde, qui remonte au Moyen Age (pendant lequel les Diafoirus s'entretenaient en latin pour n'être pas compris de leurs patients). Cette tradition privilégie le langage obscur pour le profane - afin que ses pratiquants se retrouvent en un noyau de rares initiés qui entendent quelque chose à la médecine, qui leur ferait dire qu'ils "se livrent à une supination post-prandiale et hypnogène" pour ne pas avouer - devant tout un chacun - qu'ils vont faire une sieste; cette sieste dont le Petit Poète du Canard Enchaîné disait que "c'est si bon, que ce devrait être remboursé par la Sécuroté Sociale". Et dans l'autre sens, traduire "joint fusion" par "arthrodèse", pour un auditoire francophone, cela vous a - vous en conviendrez avec moi - une autre gueule que "blocage de l'articulation" qui est, j'en suis d'accord, parfaitement correct et intelligible...et, de toute manière, meilleur que "fusion conjointe"(!). Et l'on peut rappeler, toujours à, propos des conférences médicales, des idiosyncraties intéresantes. Les médecins français entre eux se donnent du "Monsieur" et non du "Docteur" contrairement aux Anglo-Saxons ou aux Germaniques chez lesquels on n'oubliera pas, pour des raisons d'amour-propre chatouilleux, "Docteur" ou "Professor", alors que l'orateur français, au milieu d'un public de confrères, parlant du "Docteur" Machin, parlera peut-être d'un Docteu en archéologie. Le transfert mimétique d'une langue à une autre peut nous réserver, parfois, un savoureux lapsus linguae et j'attends, avec impatience, une conférence médicale sur le goître, dont les langues seraient l'arabe, le français et le russe, quand je vous aurai dit que "goître" se dit "zob" en russe... Mais trêve de réflexions à bâtonnets rompus, et passons au myocarde du problème. Vous trouverez ci-après une série de préfixes, puis de suffixes; j'ai, ensuite, rappelé l'organe ou l'idée auxquels ils se rapportent, en citant des exemples. Je souhaite simplement que cela vous soit de quelque utilité, et que vous échappiez à la mésaventure de cette collègue qui devait traduire "The Fallopian Tube". Dieu sait par quels obscurs cheminements était passé son association d'idées...Songeait-elle au tube, au tuyau, aux conduites, aux pine-lines? Toujours est-il que cela était devenu "la pipe de salope" dans sa traduction française. Et la meilleure preuve que je ne prends pas mes collègues pour des imbéciles, c'est que je ne leur ferai pas l'injure de leur traduire la plus récente expression que j'ai rencontrée en conférence médicale: "the gay bowel syndrome". LES PRÉFIXES Le préfixeindique ce qui est ou ce qui évoqueLe préfixeindique ce qui est ou ce qui évoque ADENO- une glandeANGIO- vasculaire ANO- l'anusANTRO- l'antrum ARTHRO- articulaireBLÉPHARD- palpebral BRACHIO- le brasBRONCHI- bronchique CALOR- thermiqueCARDIO- cardiaque CÉPHALO- la têteCHOLÉ- la bile CHOLÉCYST-la vésicule biliaireCOLO- le côlon COLPO- le vaginCOSTO- une côte COX- la hancheCRÂNIO- le crâne CRYO- les basses températuresCUTI- la peau CYTO- une celluleCYSTO- la vessie DERMATO- la peau, le dermeDORSO- le dos ENTÉRO- l'intestinÉPITHÉLIO l'épithélium (couche superficielle) ÉRYTHRO- rougeEX- sans GASTR- l'estomacGYNO- le sexe féminin HÉMI- une moitiéHÉMO- le sang HÉPATO- le foieHYDRO- l'eau HYPER- un excédent deHYPO- une insuffisance de HYST- l'utérusILÉO- l'ilium IRIDO- l'irisISCHIO- la hanche ISO- la similitudeJÉJUNO- le jéjunum LABIO- les lèvres d'un orificeLAMINO- vertébral postérieur LAPARO- l'abdomenLARYNGO- le larynx LEUKO- blanc, incoloreLIPO- le gras LITHO- une pierre, un calculLYMPHO- la lymphe MACRO- (anormalement) grandMAL- défectueux MAMM- la poitrineMAN- la main MAST- le seinMÉGALO- exagérément agrandi MÉSO- le mésentèreMICRO- (anormalement) petit MYÉL- la moelle osseuseMYO- le muscle NARCO- la somnolence le sommeilNASO- le nez NÉCRO- la mortNÉPHRO- le rein NEURO- le nerfODONTO- la dent OOPHORO- l'ovaireORCHI- le testicule ORO- la boucheORTHO- normal OSTÉO- osseuxOTO- l'oreille OVARIO- l'ovairePAN- la totalité PARA- la proximité, prèsPÉD- le pied PELVI- le bassinPÉRI- près, autour PHL&Eavute;BO- la veinePLEUR- la plèvre PNEUMO- le poumonPOD- le pied POLY- le grand nombrePROCTO- le rectum, l'anus PSYCH- l'espritPULMO- le poumon PYÉLO- le bassinet rénalPYO- le pus PYRO- la chaleurRACHIO- l'épine dorsale RADIO- l'irradiationRECTO- le rectum RÉN- le reinRHINO- le nez SACRO- le sacrumSALPINGO- la trompe de Fallope SARCO- la chairSCAPULO- la clavicule SCHISTO- fissuréSCLÉR- épaissi SCLÉRO- la sclère (de l'oeil)SPHYGMO- le pouls SPIRO- la respirationSPLÉNO- la rate SPONDYL- la vertèbreSTOMA- la bouche SUB- sousSUPER- excessif TÉNO- le tendonTHYRO- la thyroîde TRACHÉO- la trachéeTRACHÉLO-le col de l'utérus VASO- les vaisseauxNÉNE- la veine VENTRO- antérieurVÉSICO- la vessie LES SUFFIXES Le suffixeindique ce qui est ou ce qui évoqueExemple -ALGIE la douleur névralgie -CÈLEle gonflement hydrocèle -CENTÈSEla ponction thoracentèse -CIDE la suppression bactéricide -CLASE la rupture ostéoclase -DÈSEla fusion arthrodèse -ECTASIEla dilatation bronchiectasie -ECTOMIEl'ablation (chirurgicale)appendicectomie -ÉMIEsanguin anémie -IASE ou -IASISl'état psoriasis -ITE l'inflammation bronchite -LYSE la dimunition hydrolyse -MÈTREla mesure ampérémètre -OÏDEce qui ressemble àsigmoïde -OGISTE -OGUE praticien de otologiste gynécologue -OLOGIE l'étude degynécologie -OME le gonflement adénome -OPIE l'oeil myopie -ORRHAGIEl'écoulement en gicléeshémorrhagie -ORRHAPHIEla suturation herniorrhaphie -ORRHÉEl'écoulementpyorrhée -OSCOPIEl'examen laryngoscopie -OSIS -OSEl'état ptose -OSTOMIEun orifice artificieltrachéostomie -OTOMIE l'incision gastrotomie -PATHIE la maladie ostéopathie -PEXIE la fixation nephropexie -PLASTIEréparation par chirurgie plastiquerhinoplastie -TOME la coupe chirurgicaleamniotome BACK TO MAIN MENU